La semaine dernière marquait le premier anniversaire de
l’annonce choc de la retraite de
Tyson Fury — la cinquième de sa carrière.
Une décision qui avait pris de court les médias britanniques de boxe, réunis ce jour-là dans le centre de Londres pour la conférence de presse officialisant la revanche entre Artur Beterbiev et Dmitry Bivol. Moins surprenant, en revanche, de voir aujourd’hui le colosse se diriger vers un retour sur le ring. Et, à vrai dire, le constat est simple : la boxe a besoin de lui.
Fury (34-2-1, 24 K.-O.) a fêté ses 37 ans en août et célébré en novembre le dixième anniversaire de son exploit retentissant face à
Wladimir Klitschko. Son promoteur Frank Warren et son manager Spencer Brown, notamment, avaient pourtant laissé entendre que cette ultime retraite serait définitive.
Ils assuraient que le double champion du monde des lourds, haut de 2,06 m, était pleinement satisfait de son parcours. Il a conquis toutes les ceintures majeures au fil de sa carrière et amassé une fortune capable d’assurer l’avenir de la famille Fury sur plusieurs générations. Qu’on l’adore ou qu’on le déteste, rares sont les boxeurs britanniques capables d’afficher un tel héritage.
Mais la boxe est un sport dont il est difficile de se détacher. Absent pendant douze mois, Fury s’est néanmoins entraîné régulièrement, restant en forme et, surtout, à portée d’un retour. Ceux qui le côtoient le disent volontiers : personne ne sait jamais ce qu’il fera ensuite, pas même lui.
À un moment donné en 2025, Fury a décidé d’accélérer la cadence dans l’optique de remonter sur le ring cette année. Au départ, la perspective d’un affrontement tant attendu avec
Anthony Joshua semblait être le déclencheur. Mais l’idée d’une rédemption face à
Oleksandr Usyk constitue sans doute une motivation tout aussi puissante.
S’il était resté à la retraite, les deux derniers combats de sa carrière se seraient soldés par deux défaites, toutes deux face au même homme — ce « middleweight bodybuildé » ou ce « vilain lapin-chat aux yeux globuleux », selon la formule que l’on préfère citer. Or Fury est un fin connaisseur de la boxe, particulièrement chez les poids lourds, et il mesure parfaitement la portée historique de l’incroyable série d’invincibilité d’Usyk, ponctuée par trois règnes incontestés. Le fait d’avoir perdu de justesse aux points à deux reprises — d’abord par décision partagée, puis par décision unanime (116-112 sur les trois cartes) — a davantage dû l’irriter que le rassurer.
Une fois sa décision de revenir prise, Fury a donc mis le cap sur la Thaïlande pour un camp d’entraînement, avec l’objectif de se donner toutes les chances de réussir son année. À noter que l’un de ses principaux partenaires d’entraînement durant ce séjour n’était autre que
Kevin Lerena, gaucher d’environ 1,88 m, ancien cruiserweight. Ça ne vous rappelle rien ?
Usyk, bien sûr, semble déjà avoir tracé la suite de sa route, et celle-ci passerait par
Deontay Wilder. Et après ? Difficile à dire. Mais l’Ukrainien a d’ores et déjà minimisé l’intérêt d’un affrontement face au champion WBO
Fabio Wardley, privilégiant clairement les combats les plus attractifs d’un point de vue commercial. Fury correspond-il à ce profil ? À l’heure actuelle, sans doute pas. Mais la donne peut évoluer. Peu de gens réclamaient un troisième Fury-Wilder tant le deuxième combat avait été à sens unique, et pourtant, le dernier acte de la trilogie s’est révélé être le plus spectaculaire des trois.
Quoi qu’il en soit, ce scénario reste lointain. Fury devrait effectuer son retour sur le ring dans le premier tiers de l’année, à l’occasion d’un combat de reprise à enjeu limité, avant de viser un blockbuster estival. Que ce soit contre Anthony Joshua, Oleksandr Usyk ou même dans l’optique de devenir champion du monde des lourds pour la troisième fois face à Wardley, le résultat sera le même : ce sera un événement.
Et c’est précisément pour cela que la boxe a encore besoin de lui. Dans ce sport, nous sommes conditionnés à toujours regarder vers l’avenir — qui va affronter qui, quel boxeur en difficulté à la pesée pourrait monter de catégorie. Or, depuis quelques années, ceux qui scrutent l’horizon de la boxe britannique constatent un manque criant de véritables attractions « box-office ». Certes, certains noms ont le potentiel de franchir ce cap, mais aucun ne l’a encore réellement fait.
Cette semaine devait être celle de
Moses Itauma, avant que
le poids lourd de 21 ans ne soit contraint de se retirer de son combat programmé contre Jermaine Franklin en raison d’une blessure. Le gaucher de Chatham apparaît comme le futur visage le plus crédible de la boxe britannique, mais il reste encore du travail à accomplir sur son exposition médiatique avant que votre grand-mère ne commence à demander qui il est.
Des boxeurs comme
Conor Benn,
Hamzah Sheeraz,
Ben Whittaker ou encore la championne olympique
Lauren Price possèdent eux aussi le potentiel pour devenir des figures grand public. Mais même à 37 ans, et après plus d’un an d’absence, Fury devrait presque à coup sûr provoquer un impact médiatique supérieur à celui de n’importe lequel d’entre eux en 2026.
Et surtout, cela offrira au peloton de poursuivants douze mois supplémentaires pour se construire, afin que lorsque surviendra sa sixième — et peut-être ultime — retraite, d’autres soient prêts à prendre la relève et combler le vide laissé derrière lui.